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🏴HOMMAGE À LUCIO URTUBIA : ANARCHISTE, RÉSISTANT ET FAUX-MONNAYEUR

juillet 20, 2020

L’ouvrier faussaire s’est Ă©teint le 18 juillet, après une longue vie de luttes et de filouteries fabuleuses

Lucio Urtubia est nĂ© en 1931 dans un village du nord de l’Espagne. Fils de syndicaliste, Ă©levĂ© dans la misère d’une pĂ©ninsule sous dictature franquiste, il est condamnĂ© aux travaux forcĂ©s très jeune, pour des vols et de la contrebande Ă  la frontière française. IntĂ©grĂ© Ă  la Guardia Civil il fait du trafic d’uniformes, avant de dĂ©serter et de passer de l’autre cĂ´tĂ© des PyrĂ©nĂ©es.

Ă€ Paris, il est terrassier et maçon. Ouvrier en lutte, il s’oppose aux injustices, aux patrons comme aux staliniens, et milite dans un groupe anarchiste ibĂ©rique.

En 1958, il participe Ă  plusieurs braquage et tisse des liens avec la rĂ©sistances contre Franco en Espagne. Il confiera que les braquages Ă  main armĂ©e le terrorisaient. Dans les annĂ©es 1960, il se lie avec des photograveurs et typographes libertaires qui savent reproduire des billets de banque. Une façon de rĂ©cupĂ©rer en douceur de l’argent pour financer les luttes. C’est Ă  partir de 1969 qu’il installe une imprimerie et qu’il se lance dans la fabrication de faux papiers, ainsi que dans la fourniture d’armes pour des groupes de confiance. Avec sa femme Anne, il loue sous une fausse identitĂ©, des boxes ou des appartements pour opĂ©rer et stocker le matĂ©riel nĂ©cessaire. Ces activitĂ©s clandestines ont lieu en parallèle de son travail de maçon, pour ne pas Ă©veiller les soupçons. Il croise le Che Gevara Ă  qui il propose de falsifier des billets de dollars pour « ruiner l’AmĂ©rique ».

Le 22 mai 1974, Lucio et Anne sont arrĂŞtĂ©s et accusĂ©s de complicitĂ© dans l’enlèvement d’un banquier espagnol, avant d’ĂŞtre acquittĂ©. Lorsque le roi d’Espagne dĂ©barque en France en 1976, il est assignĂ© Ă  rĂ©sidence pendant cinq jours Ă  Belle-Ile-en-Mer avec une douzaine d’autres anarchistes. Les autoritĂ©s craignent qu’il ne perturbe les cĂ©rĂ©monies.

En 1978, « Lucio » continue de procurer armes et faux papiers à certains groupes en lutte contre les restes de la dictature franquiste. Il fournit aussi des faux papiers à des exilés des dictatures latino-américaines : Uruguay, Bolivie, Chili et Argentine.

A Paris, le « maçon faussaire » devient une sorte de « préfet libertaire » qui distribue les faux papiers : il dira avoir en avoir vendu plus de « 150 kilos ». Il est traqué par Interpol et la Police Judiciaire française, mais réussit la plupart du temps à déjouer la répression.

Son plus grand coup d’Ă©clat sera la falsification en 1979 de chèques de voyages de la Citibank pour 20 millions de dollars ! Ces faux chèques sont utilisĂ©s par des rĂ©seaux de luttes. Il est arrĂŞtĂ©. En 1982, il est condamnĂ© Ă  treize mois de prison ferme pour fabrication de faux papiers. Mais il parvient Ă  nĂ©gocier avec la City Bank l’arrĂŞt des poursuites, en Ă©change des plaques servant Ă  fabriquer les faux chèques.

Il est en 1996 Ă  l’initiative de la construction d’un centre anarchiste Ă  Paris, baptisĂ© Louise Michel. Le lieu sera un espace de libre exposition, Ă  la disposition de tous les artistes qui le souhaitent, et un lieu de dĂ©bats.

« Lucio » est dĂ©cĂ©dĂ© le 18 juillet 2020, Ă  l’âge de 89 ans, après une vie courageuse et bien remplie. Sans Dieu, sans maĂ®tre, et la tĂŞte haute.